Dans les coulisses
Relier l’information sur la sécurité alimentaire à l’action dans la région SADC: entretien avec Elijah Mukhala
Elijah Mukhala, agrométéorologiste en chef à l'Unité régionale de télédétection de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC- RRSU), a travaillé récemment au siège de la FAO à Rome sur la documentation du Coffret CM - un ensemble de logiciel, formation et données pour la mise en place rapide d'un système opérationnel national de prévision et de suivi des récoltes.
L 'Unité régionale de télédétection de la Communauté de développement d'Afrique australe (RRSU) a été créée en 1988. Bénéficiant au départ essentiellement de fonds de la FAO, elle est désormais entièrement financée par le Programme CE-FAO d'Information pour l'action en matière de sécurité alimentaire.
Denise Melvin est Chargée de communication pour le Programme CE-FAO de sécurité alimentaire.
Denise Melvin:
En quoi l’Unité régionale de télédétection aide à surveiller la sécurité alimentaire dans la région SADC?
Elijah Mukhala:
Dans la région SADC, 90% des activités agricoles sont pluviales. Par conséquent, des précipitations insuffisantes ont un impact colossal sur la production agricole et sur la sécurité alimentaire.
"90% des activités agricoles de la région SADC sont pluviales." |
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Tandis que la sécurité alimentaire englobe aussi l'accès, la disponibilité et l'utilisation de la nourriture, le suivi des cultures durant la campagne de croissance nous fournit des informations vitales sur les résultats attendus de la récolte. Pour obtenir cette information, la RRSU, en étroite collaboration avec ses partenaires, se sert d'imagerie par satellite et d'enquêtes sur le terrain. Elle utilise également
le Coffret CM de prévision des récoltes – mis au point par la FAO – pour estimer les rendements et la production probables.
Les activités de la RRSU sont importantes car elles offrent une alerte rapide en cas de crises alimentaires imminentes– facteur déterminant pour une assistance humanitaire efficace.
DM:
Avec qui travaillez-vous ?
EM:
La région SADC compte 14 Etats membres. Compte tenu de l'importante charge de travail, de nombreuses institutions collaborent pour collecter les données, notamment: Services météorologiques nationaux, Ministères de l'agriculture, Unités de gestion des catastrophes, Unités d'évaluation de la vulnérabilité et organisations internationales travaillant dans les États membres individuels.
"La communication est un processus à deux voies. Quand l'information est transmise, il doit y avoir une réponse pour indiquer qu'elle a été bien comprise." |
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La RRSU fait partie du Système de gestion de l'information agricole (AIMS) au sein de la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et des ressources naturelles de la SADC. Les informations et l'analyse qu'elle offre permettent aux Etats membres de la SADC et à la communauté internationale de d'intervenir rapidement en cas de pénuries alimentaires imminentes.
| En réponse à la grave crise alimentaire de 2002-2003, l'AIMS couvre désormais les marchés des produits animaux et des denrées et comprend des analyses de moyens d'existence et de vulnérabilité. Pour renforcer son impact, il a également consolidé les liens avec les décideurs SADC. |
La RRSU travaille en étroite collaboration avec les Comités régionaux d'évaluation de la vulnérabilité (RVAC) et les Comités nationaux d'évaluation de la vulnérabilité (NVAC). Elle conduit des programmes de renforcement des capacités à l'utilisation de l'imagerie par satellite pour identifier les zones où la production agricole sera médiocre. Ces informations sont alors confrontées aux données socio-économiques pour déterminer la vulnérabilité des ménages.
Les informations fournies sont recueillies par les institutions qui ont reçu une formation spécifique sur le type d'informations devant être collectées et la manière de le faire. En effet, les activités de renforcement des capacités ont le grand avantage d'aider à standardiser les méthodologies et les rapports. Ceci garantit que l'information et l'analyse peuvent être aisément échangées entre les pays et facilite les rapports à l'échelon régional.
DM:
Pouvez-vous me fournir un exemple de bulletins que vous publiez?
EM:
Par exemple, nous publions “Agromet Updates” tous les 10 jours, du début de la saison en novembre jusqu'à la fin de la saison en avril. Les informations qu'elles offrent sur les précipitations et les conditions de végétation sont cruciales pour les prévisions de récolte. Elles comprennent également le stade et les performances des cultures, les incidences des maladies végétales et animales, la condition générale des pâturages pour le bétail et les impacts possibles des régimes de précipitations.
DM:
Quelles sont les incidences de précipitations et de régimes de végétation médiocres?
EM:
La performance générale de la végétation naturelle– observée par l'imagerie par satellite – nous donne une indication des conditions d'humidité des sols. Si l'humidité est limitée, ceci aura un impact sur les cultures et les pâturages.
Début 2006, par exemple, nous avons vu que la Tanzanie avait reçu moins de 60% de ses précipitations annuelles normales. Les images par satellite indiquaient que ceci avait nui considérablement à la végétation. La sécheresse compromettait également les pâturages et, par conséquence, le bétail. Le gouvernement tanzanien a proclamé l'état de catastrophe et sollicité une aide humanitaire.
Comme nous l'avons déjà dit plus haut, des précipitations insuffisantes ont des répercussions sur la production agricole. La RRSU partage les informations sur les déficits céréaliers imminents avec les Etats membres, afin que ceux qui choisissent d'importer des céréales puissent trouver des sources d'approvisionnement au sein de la région. L'Afrique du Sud, par exemple, est un grand fournisseur régional de céréales.
La SADC a également d'autres stratégies d'amélioration de la sécurité alimentaire dans la région. Par exemple, elle envisage la possibilité d'établir un
Mécanisme régional de réserve alimentaire qui comprendrait à la fois une réserve physique de nourriture et un dispositif financier. Ceci traduit un abandon de la concentration sur l'autosuffisance nationale au profit d'une approche plus commerciale.
Comprenant l'importance de produire non seulement une bonne information mais de garantir qu'elle touche le public ciblé et soit pertinente pour les prises de décisions, Elijah Mukhala a obtenu un Master en communication après son Ph.D en agrométéorologie. |
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DM:
Quels ont été vos principaux problèmes de communication?
EM:
Tout d’abord, la communication est un processus à deux voies. Quand l’information est transmise, il doit y avoir une réponse pour indiquer qu’elle a été bien comprise. Souvent, à cause de la façon dont l’information est présentée, il est difficile de comprendre comment elle peut être utilisée pour la prise de décisions – en particulier par les non experts. Nous avons essayé d’améliorer ceci en approfondissant le processus décisionnel, et en examinant le type d’information requis, ainsi que quand et comment cette information est requise. Veiller à ce que l’information soit utilisée efficacement pour l’élaboration de politiques est un processus continu.
"les responsables politiques ne reçoivent pas assez d'indications sur les différentes options et sur la manière dont les décisions devraient être prises à l'aide des informations fournies." |
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Un autre problème est que les responsables politiques ne reçoivent pas suffisamment de précisions sur les différentes options et sur la manière dont les décisions devraient être prises à l'aide des informations fournies.
DM:
Comment diffusez-vous vos résultats?
EM:
La plupart des informations sont diffusées par courriel et sur le site Internet de la SADC – qui a des liens vers les mises à jours et les bulletins. Nous avons une liste de distribution d'utilisateurs ciblés et de partenaires. Les informations sont également insérées dans le bulletin sur la sécurité alimentaire de la SADC, qui comprend une analyse de la sécurité alimentaire et des informations de nombreux secteurs, ainsi que dans d'autres bulletins et mises à jours nationales. L'information est aussi diffusée sous forme imprimée – même si cela revient beaucoup plus cher!
Nous sommes souvent invités à des forums, conférences et ateliers dans et hors de la région SADC et profitons de ces occasions pour faire des présentations sur la situation actuelle de la sécurité alimentaire.
DM:
Quelle est la situation actuelle de la sécurité alimentaire dans la région SADC?
EM:
La production céréalière a progressé cette année pour plusieurs Etats membres de la SADC: le Malawi (502 000 tonnes), le Mozambique (53 000 tonnes), l'Afrique du Sud (440 000 tonnes) et la Zambie (77 000 tonnes) devraient afficher des excédents de maïs pour la campagne de commercialisation 2006/07. Une réduction des déficits est prévue au Botswana et au Zimbabwe.
Néanmoins, des évaluations récentes indiquent un déficit régional de maïs de 574 000 tonnes, contre un excédent de 2,28 millions de tonnes en 2005/06.
Mais les premières évaluations de vulnérabilité montrent que le nombre de personnes ayant besoin d'une aide humanitaire dans la région a chuté, passant de 9,71 millions durant la campagne de commercialisation 2005-2006 à environ 3 millions en 2006-2007, compte tenu de l'amélioration de la production vivrière dans la région.
Rome, août 2006
Note: Le Programme CE-FAO Information pour l’action au service de la sécurité alimentaire soutient l’Unité régionale de télédétection de la Communauté de développement de l’Afrique australe.