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La prévention des crises alimentaires au Sahel

Entretien avec M. Dramane Coulibaly , Coordonnateur du Programme Régional d’Appui Sécurité Alimentaire, Lutte contre la Désertification, Population et Développement (PRA/SA-LCD-POP DEV) au CILSS
10 Jan 2010, Afrique de l’Ouest

Dramane Coulibaly est coordonnateur du Programme Régional d’Appui Sécurité Alimentaire, Lutte contre la Désertification, Population et Développement (PRA/SA-LCD-POP DEV) au CILSS.

Le Comité Permanent Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel a été créé en 1973 pour assurer la sécurité alimentaire dans le Sahel.

Denise Melvin est chargé d'information de la programme CE-FAO "Sécurité alimentaire: l'information pour la prise de décision."

DM:
3. Quels sont les principaux succès du CILSS en matière de prévention et de gestion des crises alimentaires au Sahel ?
DC:
Depuis plus 15 ans les pays membres du CILSS n’ont été surpris par aucune crise alimentaire de petite ou grande ampleur. Tous les pays disposent de SISAS et le dispositif régional de veille mis en place et animé par le

CILSS est aujourd’hui en mesure d’anticiper, d’alerter sur les risques de crise alimentaire.

D’une façon générale, la gestion de l’aide alimentaire est plus performante que dans les autres régions. On le doit à la charte de l’Aide Alimentaire conçu par le CILSS et aux pratiques de concertation des principaux donateurs aux côtés de l’État. D’autre part, avec l’appui du CILSS, les pays ont tous définis récemment des stratégies qui combinent la prise en compte des crises alimentaires conjoncturelles et la construction de la sécurité alimentaire à long terme. La région sahélienne est dotée d’outils performants et de ressources humaines aptes à prévenir et gérer les crises, reconnus au niveau international.

DM:
4. De quelle manière le CILSS aide-t-il les pays et la sous région à prévenir les crises alimentaires ?

DC:
Depuis sa création en 1973, le CILSS a mis en place et anime un dispositif régional de veille sur la sécurité alimentaire qui permet de:

bullet
faire une évaluation précise et régulièrement de la situation agricole et alimentaire au niveau national et régional;
bullet identifier les zones et les populations vulnérables;
bullet
déterminer les actions d’assistance pour éviter une crise alimentaire ou en limiter l’ampleur; et
bullet
mobiliser les dispositifs nationaux, les agences d’aide et les ONG pour mettre en œuvre les interventions jugées les plus appropriées à chaque situation.

Ce dispositif régional repose sur trois piliers à savoir (i) l’information sur les disponibilités, les marchés, l’accessibilité et la vulnérabilité, (ii) la concertation et la coordination sur l’information et le déclenchement des alertes, et (iii) la gestion des crises à travers la proposition de mesures d’atténuation des crises alimentaires en amont du déclenchement des crises (mobilisation des stocks de sécurité alimentaires, aides alimentaires, etc.).

Dans ce cadre, le CILSS organise chaque année cinq concertations régionales et internationale sur la situation alimentaire au Sahel et en Afrique de l’Ouest à savoir :

bullet
en septembre pour évaluer la situation alimentaire et nutritionnelle et les perspectives de récoltes de la sous régional
bullet en octobre pour établir les bilans céréaliers et alimentaires prévisionnels
bullet
en décembre pour évaluer la situation globale avec les partenaires techniques et financiers dans le cadre du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest (RPCA)
bullet
en mars pour publier les résultats définitifs de la campagne agropastorale, établir la situation alimentaire et nutritionnelle de la sous région, identifier les zones à risques et les populations vulnérables et faire le point sur les actions d’atténuation et les mesures prises par les Etats.
bullet
en juin pour faire le point sur les mesures et actions prises par les Etats et les PTF durant la période soudure et pour la lancer la nouvelle campagne.


Sur un plan plus global et de manière pérenne, le CILSS a en charge cinq fonctions essentielles pour appuyer, conseiller et accompagner les pays de la sous régional :

bullet
l’appui politique sur élaboration de politiques et stratégies en matière de sécurité alimentaire (SA), de gestion des ressources naturelles (GRN) et changements climatiques (CC) : CSSA, appui à l’élaboration de stratégies nationales SA, PASR/AO LCD, PASR/CC-AO, gouvernance SA, etc.
bullet information sur le suivi des campagnes agricole, prévention et gestion des crises alimentaires, méthodologies de collecte, suivi des marchés, etc.
bullet
formation diplômante et continue sur la sécurité alimentaire, hydrologie, gestion des ressources naturelles
bullet
coordination de la recherche et le transfert des technologies sur la biosécurité, semences, population et développement, résistance à la sécheresse.



DM:
Quels sont les enjeux de la sécurité alimentaire au Sahel?

DC:
Le Sahel fait face à cinq enjeux majeurs en matière de sécurité alimentaire :

bullet
Un enjeu démographique : Il s’agit de nourrir 85 millions de Sahéliens en 2015 dont la moitié vivront en ville et s’approvisionneront via le marché ;
bullet
Un enjeu moral : Il s’agit de garantir le respect du droit à l’alimentation pour chaque individu ; aujourd’hui environ 20 millions de Sahéliens connaissent les affres de la faim et de la malnutrition.
bullet
Un enjeu économique : La satisfaction des besoins de la sous-région constitue un formidable marché potentiel pour les producteurs et les opérateurs économiques, et peut assurer les bases d’une transformation viable des systèmes agricoles et des filières. Par ailleurs, l’agriculture reste un secteur déterminant des stratégies de croissance économique.
bullet
Un enjeu social : L’amélioration de l’environnement économique de la région est un facteur clé de relance économique, essentielle à la lutte contre la pauvreté, notamment en milieu rural.
bullet
Un enjeu pour l’intégration économique au sein de l’Afrique de l’Ouest et du Centre : Une SA fondée principalement sur les ressources de la région passe nécessairement par une intégration plus forte des marchés au sein de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
bullet
Un enjeu pour les processus de démocratisation et d’intégration politique sous-régionale : L’accès à l’alimentation est un des facteurs fondamentaux qui concourent à la paix sociale et à la stabilité. De même, la prévention et la résolution des conflits dans la sous-région, internes ou transfrontaliers, est un des éléments clés de la SA et du développement agricole au sens large.


DM:
De quelle manière la FAO travaille t-elle avec le CILSS?

DC:
Quand en 1973, les Etats sahéliens ont décidé de créer le CILSS, c’est vers la FAO qu’ils se sont tournés pour les accompagner techniquement. La nouvelle institution a fait ses premiers pas sous la gouvernance de la FAO. Monsieur Konaté, alors fonctionnaire de la FAO en a été en quelque sorte le premier Secrétaire Exécutif.

Depuis la mise en place des structures propre du CILSS, les deux organisations ont décidé de collaborer ensemble sur la base d’accord cadre de collaboration sur la problématique de la sécurité alimentaire. Ainsi, la FAO a fortement contribué au renforcement des capacités des systèmes d’information sur la SA des pays membres du CILSS, en particulier dans la mise en place des systèmes d'alerte précoce (SAP) systèmes d'informations des marches (SIM).

La FAO est également membres du dispositif régional de veille sur la SA que le CILSS anime dans la sous région. Pour l’analyse de la vulnérabilité conjoncturelle, le CILSS et la FAO travaille sur la bonification du cadre harmonisé par les composantes du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

En termes de perspectives, les chantiers sont nombreux : formation à distance, gestion des situations d’urgence, changement climatique, nutrition, la programme thématique de sécurité alimentaire (FSTP) de l'Union européenne, etc.

DM:
De quelle manière allez-vous travailler avec le Programme CE-FAO de sécurité alimentairel?

DC:
Le Programme CE-FAO et le Programme CE-CILSS font partie du grand Programme sur la sécurité alimentaire que la Commission Européenne a décidé de mettre en œuvre pour appuyer les initiatives africaines en la matière. La FAO pilotera le programme au niveau continental (Programme CE-FAO) et le CILSS gèrera le programme régional/Afrique de l’Ouest.

Deux comités de pilotage seront mis en place :

bullet
le comité de pilotage continental confié à la FAO. Le CILSS sera membre de ce comité et assurera le secrétariat.
bullet le comité de pilotage du Programme CE-CILSS animé par le CILSS. La FAO en sera membre et donnera des appuis méthodologiques à l’analyse globale des politiques et de l’assistance technique au CILSS.


D’ores et déjà, un plan de travail conjoint 2010 a été élaboré pour guider les interventions sur le terrain. Ce plan opérationnalise le protocole de collaboration spécifique en cours de signature par les deux parties.

Le programme « Amélioration de la gouvernance mondiale pour la réduction de la faim » est financé par l'Union européenne (UE), ainsi qu’avec des ressources additionnelles fournies par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. Le programme est administré par la FAO, avec le concours du Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et du Programme alimentaire mondial (PAM)